DE L’IMPORTANCE D’ÊTRE ATTENTIF À SES RÊVES
Nos rêves nocturnes ne sont pas des sortes de breloques accrochées, pour faire joli, dans le vide de nos nuits. Ils ne sont pas une parenthèse dans nos vies, pas plus qu’ils ne mettent nos vies entre parenthèses.
Le rêve est un état éminemment positif et tout au long de l’Histoire, et partout sur terre, les hommes y ont été attentifs, en raison des sens qu’ils lui ont prêtés et dont ils ont rendu compte dans leurs mythes et leurs religions. Puis la psychanalyse, avec le retentissement que l’on sait, a rompu avec ces systèmes de compréhension collectifs et stéréotypés, pour se focaliser sur le rêveur lui-même et sa logique personnelle.
Un rêve ne parle jamais que de son rêveur. C’est la « motion égoïste » de Freud, c’est le « plan du sujet » de Jung – d’accord tous deux au moins sur ce point… Chaque personnage, chaque élément du décor est la figuration d’une partie, inconsciente ou non, du psychisme du rêveur. Les transformations, de rêve en rêve, reflètent l’évolution du rêveur. Les personnes qui y apparaissent ne sont pas les personnes réelles, mais des images – nos images – qui n’engagent que nous.
Un rêve ne vient jamais répéter ce que l’on sait déjà. « Il ne s’occupe jamais de choses qui ne sont pas dignes de notre intérêt dans la vie diurne » dit Freud. Est-on au clair avec un problème personnel ? on n’en rêvera pas. Si l’on en rêve quand même, c’est que tel ou tel aspect a été négligé – la dimension affective, le plus souvent.
Surtout, pas de mission impossible ! Il n’est pas possible de retenir tous ses rêves, ni même nécessaire de tous les comprendre. N’y porter attention qu’en période de crise, est déjà beaucoup. Le contenu d’un rêve oublié n’est jamais perdu, il réapparaît nécessairement dans les rêves suivants sous une forme différente, parfois plus accessible. Souvent on a l’impression de n’avoir retenu qu’une infime partie de son rêve. Qu’on se rassure : c’en est la partie la plus importante. On peut ne comprendre un rêve que dans un deuxième temps, le surlendemain, un mois plus tard, après que l’on aura compris un autre rêve, ou que l’on aura quelque peu évolué soi-même.
Et si l’on ne comprend décidément rien à ses rêves, de s’être questionné à leur sujet – donc sur soi-même – est toujours bénéfique. Comme introduction à l’introspection.
On ne peut s’attacher valablement à ses rêves que si l’on a un projet pour eux – qu’il soit scientifique, littéraire, diaristique ou psychanalytique. Mais le projet le plus fécond, celui qui irriguera tous les autres, c’est le désir de connaissance de soi.
Que vient me dire ce rêve aujourd’hui ? De quelle urgence vient-il m’avertir ? À quoi, ces jours derniers, n’ai-je pas porté toute l’attention nécessaire ? Ne dédaigner aucun détail : les plus apparemment futiles, sans parler des plus gênants, sont souvent les plus importants. Un calepin et un crayon sur la table de chevet devraient être réservés à la prise de notes.
Une interprétation – personnelle ou proposée par un psychanalyste– ne s’apprécie pas dans l’absolu. Le critère de justesse est qu’elle éclaire, non seulement le rêve, mais surtout la vision que le rêveur a de sa vie par décollement d’avec les routines de pensée.
D’abord sans intérêt, obscur, voire irritant, le rêve – une fois correctement interprété –devient, lumineux, nécessaire, euphorisant. Il est vécu comme une expérience réelle, originale, indiscutable et, comme telle, il procure une plus grande ampleur d’être.
Ami de ses rêves, l’on se sent vivre sur un registre plus large : tous ces miroirs de nous-mêmes nous enrichissent d’un dialogue intérieur. On ne peut qu’apprécier ces hublots sur notre inconscient, on ne peut que goûter ce compagnonnage d’images fortes, poétiques, génératrices de sens et d’élan.
Paul FUKS, psychanalyste Site personnel de Paul Fuks
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